Les mayas et la fin du monde…pffff !
Je ne sais pas trop où cette idée (et c’est là un qualificatif délibérément neutre…) a pris racine ; aux États-Unis, sans doute.
Bref, selon certains, le monde devrais se terminer le 21 décembre 2012 dans un effroyable cataclysme (dont la nature même reste obscure : perso, je déteste quand on ne me donne pas le programme à l’avance) parce que « les mayas l’ont dit ».
En français, un exemple assez amusant se trouve ici (il suffit de googler pour en trouver à la pelle).
Je dois dire qu’au début, cela m’a fait sourire. Maintenant, moins.
Alors, non, la fin du monde n’aura pas lieu le 21 décembre 2012 (ou en tout cas, la probabilité que cela arrive n’est pas plus élevée que pour n’importe quel autre jour : un sur un zillion, à la grosse louche).
Une telle ignorance de la culture maya… Parce que c’est une culture qui me fascine, depuis longtemps. C’est cette fascination pour les mayas qui m’a fait réaliser un voyage de dix semaines au Mexique, Belize et Guatemala en 2005, pour visiter les sites archéologiques majeurs.
C’est cette fascination pour la civilisation maya qui m’a fait prendre contact avec certains archéologues, bouquiner, chercher des références…
Et c’est cette fascination toujours qui m’a fait placer l’intrigue du Cycle de Xhól dans une cité maya du VIIème siècle, Dos Pilas.
Je ne prétend pas être un expert mais j’en sais assez pour que la chose m’irrite.
Pourquoi est-ce que ce buzz est une vaste blague ?
Première raison : on n’a aucune certitude sur les correspondances de dates.
Je ne vais pas vous assommer d’un cours d’archéologie ou d’histoire des découvertes…
Mais, simplement, posez-vous la question : comment est-ce qu’on sait que telle date du calendrier maya correspond à telle date du calendrier grégorien (le nôtre) ?
…Alors que le premier soucis des religieux évangélisateurs a été de détruire la culture maya (et les autres du continent américain) ?
Ce qui s’est soldé par des autodafés (destructions de livres), des destructions d’édifices, des persécutions….
Et bien, on le sait mal.
En fait, les archéologues ont travaillé sur plusieurs aspects : les textes de certains de ces missionnaires (par exemple, la Relación de las cosas de Yucatán de Diego de Landa) qui proposent certaines dates et l’analyse de ce qui reste en terme de textes mayas eux-mêmes (les codex : très peu ont survécu) et les monuments qui ont résisté au temps.
Et avec cette mince masse de matériaux, les archéologues déchiffrent – patiemment – font des découvertes…
Mais en fait, même pour une question aussi fondamentale que la concordance des dates, il n’y a pas de certitude absolue : le système de conversion qui est le plus souvent utilisé (donc celui pour donner ce fameux 21 décembre 2012) est en fait une approximation à deux ou trous jours près…. Donc, ça pourrait tout aussi bien être le 18 ou le 25 que le ciel nous tombera sur la tête…
Mais de ça, évidemment, les personnes qui aiment propager un buzz – un beau buzz, simple, clair et précis – n’en tiennent pas compte.
Deuxième raison : les mayas auraient prédit « la fin du monde » parce que la fameuse date du 21 décembre 2012 serait la fin de leur calendrier
Bon, en premier lieu, vous voyez tout de suite, j’imagine, l’absence de lien logique entre la fin du monde et la fin d’un calendrier : même si le calendrier maya devait s’arrêter à cette date, rien ne peut prouver que les mayas eux-mêmes envisageaient cela dans leur mode de pensée comme la fin du monde.
…Mais en fait, le calendrier maya ne s’arrête tout simplement pas à cette date !
Un des cycles du calendrier maya s’arrête bien… pour être aussitôt suivi par le premier jour d’un nouveau cycle (je ne vais pas vous faire une longue explication sur le Tzolkin, le Haab, le compte long, les tun, katuns, baktuns…. Il y a une très bonne explication ici).
Pour faire très bref, ce fameux 21 décembre 2012 (hum!), on devrait se retrouver dans le compte long maya à la date 13.0.0.0.0.
Et c’est là, certainement, un élément majeur du mode de pensée maya : la notion de fin de période… et de début d’une nouvelle, de cycles… et l’enchaînement de ceux-ci.
Une idée de retour, de recommencement, de mouvement perpétuel, en somme… toute à l’opposé de celle d’une fin…hem… finale.
En fait, pour faire simple, ce serait comme de dire que la fin du monde est pour le 31 décembre parce que c’est le dernier jour de l’année…
… Ou que la fin du monde est pour l’an mille (quoique les médiévistes mettent sérieusement en doute l’existence de « la grande peur de l’an mil »… qui serait plutôt une construction du XIXème siècle basée sur une conception négative du Moyen-Age à l’époque).
Le parallèle est d’ailleurs intéressant : l’attente d’une apocalypse récurrente.
Un peu comme le « bug de l’an 2000 », en somme.
Pour qui ne s’en souvient pas, on avait alors parlé du risque de voir toute une série de programmes informatiques s’arrêter subitement au 1er janvier 2000. Chose qui ne s’est évidemment pas vérifiée (amusant car à l’époque, dans ma pratique de droit de l’informatique, je voyais fleurir les conseils sur comment se préserver de ses conséquences possibles vis-à-vis de ses prestataires).
Le catastrophisme sur base d’un chiffre qui serait sensé avoir une certaine signification, me semble donc beaucoup plus à moi une marque de notre société occidentale contemporaine (qui se saisit de tout prétexte pour la nourrir) – intéressant à étudier d’un point de vue sociologique – que d’une question relative à la civilisation maya.
Troisième raison : on ne nous donne pas le programme !
En fait, comme les mayas n’y croyais pas – eux – à la fin du monde, silence complet de leur part sur le « comment ».
Et c’est là que les imaginations se déchainent : tremblement de terre, météorite, conjonction néfaste, renversement du champs magnétique, absorption par un trou noir, ou – au contraire – déflagration d’une super novæ, collision avec une planète inconnue, virus informatique, débarquement des aliens …
Un vrai inventaire à la Prévert.
Franchement, est-ce bien sérieux tout ça?
En conclusion
Si vous vous intéressez vraiment à la civilisation maya, je vous invite à consulter quelques bons auteurs sur le sujet.
Sur internet, un site de référence est certainement celui de la FAMSI mais il est en anglais ou en espagnol.
En français, un des ouvrages les plus complets que je connaisse est Une histoire de la religion des Mayas : Du panthéisme au panthéon de Claude-François Baudez.
Un mayaniste, lui. Un expert qui aligne de longues années de fouilles sur le terrain (à Tonina entre autres) et de recherche… et qui en même temps écrit d’une manière accessible aux non -spécialistes (et de plus un homme charmant : lorsque je lui ai demandé par mail quelques articles de James Brady sur Dos Pilas que je n’arrivais pas à me procurer à l’époque, il a fait de son mieux pour m’aider).
Oui, la civilisation maya est fascinante. Oui, les mayas étaient un peuple cultivé et certainement de bons astronomes.
Quant à dire qu’ils ont prédit la fin du monde… vous savez maintenant ce que j’en pense !
Je vous propose un petit jeu : donnez-moi en commentaire une AUTRE manière que celles mentionnées dans l’article dont le monde est censé se terminer et qui circule sur internet…
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