« Comment trouves-tu toutes ces idées? »

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© image Skypixel

Question que l’on me pose souvent…

Il est clair que la question ne se pose que si, en tant qu’écrivain ou lecteur, vous appréciez avant tout un récit bien charpenté.

Ce qui est ma conception de l’écriture; je ne fais pas de la littérature.

En tout cas, ce n’est pas mon ambition première. Mon ambition première, c’est de raconter des histoires.

Des histoires palpitantes, touchantes, distrayantes, amusantes, stimulantes…

Dans ce cas-là, l’idée devient primordiale. Dans ce cas-là, pas question de tenir 200 pages à se regarder le nombril.

Donc, où trouver les idées en question?

Et bien… ça dépend.

Par exemple, pour le Cycle de Xhól, l’idée de base m’est venue en repensant à un article de James Brady, Settlement Configuration and Cosmology – The Role of Caves at Dos Pilas publié dans American Anthropology et en relisant l’automne dernier une série d’Ellis Peters…

Parce que j’aime Ellis Peters et que j’admire la manière dont elle a réussi à recréer un univers médiéval (malgré les inexactitudes au point de vue mentalités). Parce que j’ai eu envie de raconter une histoire… Parce que je m’intéresse à la question de la chute des civilisations…Parce que j’avais envie de parler d’un personnage « en marge », un créateur… Et parce que je m’étais passionnée pour la civilisation maya, j’ai tout de suite vu que cela DEVAIT être un cycle…

Et donc, tout cela mis ensemble a donné le Cycle de Xhól. En tout cas, son premier tome.

Pour Nouvelles d’Amérique centrale, j’ai commencé par écrire une nouvelle, Santa Elena lors d’un voyage au Mexique, éblouie par la lumière du soir sur la place… Et avant que je ne m’en rende compte, j’étais partie pour un recueil!

Alors, oui, après, il y a eu « recherche » d’idée ; dans la presse locale, par exemple. C’est comme ça que Fortaleza est né ; à la lecture d’un article dans El Nuevo Diario (ou était-ce la Prensa?) nicaraguayen.

Mais en fait, l’essentiel est venu de «  l’intérieur ».

L’intérieur qui joue le rôle de filtre par rapport à « l’extérieur ».

«  L’intérieur », c’est une petite phrase d’un jeune garçon éveillé de Tonina à qui j’ai un jour demandé s’il ne voulait pas partir en ville et qui m’a répondu alors « mais je ne pourrais plus voir les étoiles sur les ruines, alors! » qui m’est restée en mémoire, C’est la vision d’une stèle dans un petit village perdu de l’Alta Verapaz qui a mené directement à Nueva Jerusalem par l’impression navrante qu’elle m’avait laissée au cœur. C’est le souvenir des rues assommées de soleil de Suchitoto et d’une promenade à cheval à la Mora, c’est la réflexion d’un vieil homme de Chortiz qui m’a servi de guide pour redescendre de la mesa dans un trek de trois jours…

Il y a chaque fois un point de départ, une « brique de réel » sur laquelle je construis un édifice… Ce qui ne veut pas dire que les personnages existent, qu’il leur est arrivé vraiment ça…

Et je suis à l’affût, tout le temps.

Par exemple, cette semaine, j’ai reçu une lettre -hilarante- d’un soi-disant avocat madrilène (j’ai vérifié, il ne l’est pas) qui me proposait de me faire passer pour l’héritière d’un de ses « clients », soi-disant mort lui dans les attentats de Madrid et sans héritier apparent : 7 millions de dollars, à se partager, si je marchais dans la combine… Une « arnaque nigériane » d’un nouveau type en somme… sauf qu’en la lisant, je me suis dit « ah, tiens, ça ferait un bon point de départ pour un polar contemporain, ça! ». Et donc, voilà l’idée rangée dans le répertoire « projets de romans »…

À partir de ce point de départ dans le réel, je déroule mon fil… et je sors du labyrinthe avec la sensation que le mot « fin » est alors approprié.

C’est là toute la tension entre « vrai » et « vraisemblable » qui me semble fondamentale dans le métier de conteur.

 

 

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