[su_dropcap style=”flat” size=”4″]L[/su_dropcap]a question du “pourquoi un écrivain écrit-il?” me fascine tellement que j’en ai fait un podcast hebdomadaire. Je me devais donc de répondre à la question que je pose sans relâche aux auteurs que je reçois…

Et moi, pourquoi est-ce que j’écris ?

Écrire prend du temps, demande un investissement en énergie mentale. Quelle est la raison qui me pousse, moi, à écrire ?

Je me suis mise à écrire tard. Vers 2003. Un mauvais roman policier (trop mauvais que pour jamais être publié). Un mauvais roman policier qui m’a au moins donné l’impulsion.

Ensuite sont venues les premières nouvelles. L’envie, là, était de retranscrire ces émotions, ces traces fugaces qui n’apparaîtront sur aucune photo, ces impressions légères qui disparaissent aussi tôt, happées par la route. Écrire était le moyen de faire sens du monde entraperçu.

Le cycle de Xhól s’est trouvé une autre raison de naître: le désir dans un moment noir de mon existence de me projeter vers l’avenir: l’avenir d’un projet au long court, l’avenir d’un projet qui me plaise, me stimule par sa difficulté, m’intéresse par son sujet. Il y avait aussi, l’envie de raconter une histoire, une bonne histoire, une histoire bien charpentée, bien amenée. Une histoire qui amuse, délasse le lecteur. Une histoire qui lui permette d’échapper à son quotidien pendant quelque heures.

[su_pullquote]La lecture est une échappatoire, l’écriture aussi.[/su_pullquote]

La lecture est une échappatoire, l’écriture aussi (cliquez ici pour tweeter). En tant que lecteur, je ne peux me passer du plaisir de m’évader dans une autre dimension; la dimension de l’écrit, infinie dans son apparente limitation aux deux dimensions de l’espace dans lesquelles s’inscrit le texte. En tant qu’écrivain, je goûte au plaisir sans cesse renouvelé de me plonger dans une activité où j’échappe au temps présent, au quotidien. J’aime cette perte de conscience du “moi” lorsque les mots s’écoulent, fluides, qui peut dans bons jours mener à la perte de contact de mes sensations (dont la douleur physique). Bref, j’aime créer pour me retrouver le plus souvent possible dans cet état de “flux” si bien décrit par Mihaly Csikszentmihalyi.

C’est mon meilleur anti-douleur à moi, ma morphine, jusqu’au moment où la douleur se fait telle que j’ai, tout comme Xhól, des difficultés à me relever (la différence, c’est que lui c’est de son panneau de peinture, moi de mon ordinateur : treize siècles sont passés par là).

Il y a aussi le plaisir sans cesse renouvelé de m’améliorer, de maîtriser de mieux en mieux ma technique, d’admirer celle des autres. Il y a encore le besoin compulsif de travailler, retravailler, modifier, éditer, supprimer, couper, ré-arranger, fondre, ciseler, limer, polir chaque paragraphe, chaque phrase, chaque mot.

Il y a le plaisir plus trouble encore (pervers ?) de se pencher sur des questions byzantines de ponctuation, de typographie, de présentation du texte, pour toucher à l’aspect matériel, à l’objet livre (même électronique).

Faire passer un message?

Ce n’est pas mon but conscient.

Il est évident qu’un écrivain ne peut-être neutre (cliquez ici pour tweeter) ; qu’il/elle met de sa vision du monde dans chacun de ses écrits. Vous trouverez ici ou là dans les nouvelles, dans le cycle, quelque chose qui est de moi, qui vous indique certaines de mes valeurs (mais vous pourriez aussi vous y tromper…). Je ne cherche pourtant pas à démontrer une thèse politique particulière par le biais de la fiction.

N’est pas George Orwell qui veut…