[su_dropcap style=”flat” size=”4″]T[/su_dropcap]out a commencé par une expédition spéléo, bien sûr… Et la découverte d’une grotte. Mais pas n’importe quelle grotte : une grotte avec des vestiges archéologiques vieux de plus de quinze cent ans.

24 janvier 2004 — Nous sommes quatre spéléos à débarquer à Guatemala la Ciudad. Le but de cette expédition ? Passer six semaines à revoir une série de cavités déjà explorées de l’Alta Verapaz dans l’espoir d’y découvrir de nouvelles galeries. Prospecter, aussi, dans l’espoir de découvrir de nouvelles grottes. “Nouvelles” pour nous spéléologues car dans ce paysage (la forêt dense), la seule manière de trouver une grotte est de nous en faire montrer l’entrée par des gens du coin qui -eux- la connaissent depuis longtemps.

Le programme est délibérément laissé à l’état d’esquisse car une première expédition, c’est toujours le saut dans l’inconnu: trouver une zone de prospection avec un bon potentiel, nouer des contacts, examiner les “grottes” signalées (toujours “grandes”, toujours “profondes” quand on vous les décrit).

Cette première expédition aura tenu ses promesses : en fin d’expé (c’est toujours en fin d’expé), nous “découvrons” (vous avez compris : on nous montre) une cavité non répertoriée à ce jour avec une belle et grande salle où nous découvrons des tessons de poterie encroutés dans la calcite (et donc là “depuis longtemps”, c’est là toute l’étendue de nos connaissances archéologiques à ce moment-là).

Cette grotte nous en levons la carte, nous l’explorons (partiellement) et nous demandons à nos guides de lui donner un nom : Nim Lah Hochhoch Pek (“là où est la grande maison de pierre”) décident-ils après quelques discussions.

#La civilisation maya

Cette expédition spéléo aura des répercussions inattendues, profondes, durables, sur ma vie.

Je me prends de passion pour la civilisation maya.

Pourquoi tant de vestiges archéologiques dans les grottes, d’abord ?  Quelles places tiennent-elles dans la cosmologie maya ? Quelle était leur “utilité” rituelle ?

De retour en Belgique, je commence à dévorer la littérature spécialisée à ce sujet.

En 2004, tout n’était pas encore disponible sur internet à deux clics (et parfois un paiement) de distance. J’ai donc passé des jours entiers à l’Albertine à compulser des revues (Arqueologia Mexicana, American Journal of Anthropology) pour m’assurer des sources sérieuses.

[su_pullquote]Très peu pour moi les cristaux new age ou les prophéties de fin du monde ![/su_pullquote]

Il faut dire que les mayas fascinent, qu’il ne manque pas de sites internet à leur sujet… et que parfois (non : souvent) on trouve un peu tout et n’importe quoi sur internet (surtout du n’importe quoi).

Autant vous prévenir d’avance : je me classe résolument du côté de ceux qui s’intéressent aux travaux académiques. Avec toutes les incertitudes, les interrogations qui sont le lot de l’archéologie, oui. Et la rigueur, la méthodologie, aussi. Très peu pour moi les cristaux new age ou les prophéties de fin du monde !

Je contacte des archéologues spécialistes de la régions : tous me disent la même chose à propos de Nim Lah Hochhoch Pek et des tessons de poterie que nous y avons découverts : ils sont de style Dos Arroyos Orange Polychrome et datent probablement du Vème siècle après J.C.

L’année suivante, c’est la date du premier grand voyage, seule. Le but ? Visiter un maximum de sites archéologiques mayas, après des mois de lectures. Dix semaines. Ces dix semaines-là, je les passerai au Mexique (au Yucatan et Chiapas), Belize et Guatemala. Et je retournerai à Chisec, oui. Pour préparer une expédition spéléo ultérieure (qui ne se fera jamais).

#Nouvelles d’Amérique centrale

Et l’écriture dans tout çà, me demanderez-vous ?

L’écriture, oui, j’y songeais. Je faisais même plus qu’y songer : j’avais commencé à rédiger un roman, un roman policier déjà.

Sauf que ce premier roman est tellement mauvais qu’il ne sera jamais publié. Ce roman, je l’avais emporté avec moi (oui, c’était l’époque où j’écrivais encore “à la main”, dans un carnet de toile grise).

Un matin de voyage où je me trouvais à Frontera Corozal à ne savoir que faire avant le départ de la pirogue qui me mènerait à Yaxchilan, j’ai commencé à écrire une autre histoire dans ce carnet.

[su_pullquote]Si je vais en ville, est-ce que je verrai encore les étoiles ?[/su_pullquote]

Une histoire courte. Une histoire inspirée par la lumière dorée baignant le parvis de l’église de Santa Elena au soleil couchant, Santa Elena que j’avais visité quelques jours auparavant, en route pour Uxmal et la Ruta Puuc. C’est ainsi que Santa Elena, la nouvelle, est née. Avec la tienda del buen pastor, Maria Isabella et la vie qui s’écoule lentement au bord d’une grand route souvent déserte, dans un coin perdu du Yucatan. Un coin perdu du Yucatan où seules les tv novellas apportent un peu d’évasion.

Et puis, il y eut une seconde, Tonina, écrite en repensant à un petit garçon qui, au détour d’une conversation en espagnol, m’avait lancé “et si je vais en ville, est-ce que je verrai encore les étoiles ?”. Une troisième suivit, due au serrement de cœur éprouvé à la vision d’une stèle, dans un petit village de l’Alta Verapaz (Nueva Jerusalem). Puis, encore une autre…

J’aime la nouvelle, la technique, le mécanique de précision qu’elle implique, la possibilité de se glisser dans la peau d’un personnage, d’une manière très intime et de l’abandonner après dix pages, sans m’engager à cohabiter avec lui (ou elle) pour deux cents.

Trouver la chute aussi : celle qui doit venir, inéluctablement. Celle que je ne connais pas nécessairement moi en commençant la nouvelle mais qui est en germe dés la première ligne ; en germe dans le personnage, son histoire, son caractère.

Le recueil prit forme.

J’avais maintenant un but : visiter toute l’Amérique centrale au fil des années et rapporter suffisamment de matériel de chacun de ces voyages pour rédiger une, deux, trois nouvelles. Tenter d’isoler des thèmes récurrents, mais aussi de cerner la différence, la spécificité, de chacun de ces pays.

Ensuite, est venu le travail sur les textes.

Travailler. Retravailler. Élaguer. Densifier. Raccourcir.

Ré-écrire lorsqu’après deux romans, je me suis dit que j’écrivais “mieux” (mieux qu’en 2005, tout est relatif).

Éditer. Corriger. Serrer les derniers boulons. Retravailler, encore.

Ce projet a pris du temps.

Trop.

Entre l’écriture de la première nouvelle en février 2005 et la publication en janvier 2014, neuf ans se sont écoulés. Neuf ans… et deux polars historiques.

#Le cycle de Xhól

Le cycle de Xhól n’est arrivé que tard dans ce cheminement.

En octobre 2011, pour être précise. Pour toute une série de raisons trop longues à expliquer, j’allais mal (une première opération cardio était passée par là, des soucis professionnels aussi). Je repris quelques vieux Ellis Peters, pour me distraire.

J’aime Ellis Peters, oui (tout comme Agatha Christie). Et je relis toujours avec plaisir un Cadfael ou un Hercule Poirot. C’est le genre de livre refuge où je peux me nicher lorsque j’ai envie de m’évader du quotidien, de passer un moment agréable, un moment de lecture divertissante. J’aime lire d’autre choses aussi, plein d’autres choses en fait (vous pouvez le constater sur Babelio ou Goodreads) mais Ellis Peters et Agatha Christie ont ce statut particulier pour moi du vieux chandail en laine littéraire : tellement usé, tellement déformé à avoir été lu, tellement confortable qu’on y revient toujours.

[su_pullquote]Écrire une bonne histoire, une histoire qui tienne la route.[/su_pullquote]

Me voila avec cette envie au cœur d’échapper au décevant quotidien, à relire mes Ellis Peters, lorsqu’une idée très simple m’est venue : c’est un but louable que de vouloir écrire une bonne histoire, une histoire qui tienne bien la route, une histoire qui permette au lecteur de s’échapper pendant quelques heures.

Cette idée-là fut une libération : une libération du poids de faire “œuvre”… et de ne rien produire du tout sous prétexte de ne pouvoir prétendre à égaler les grands auteurs.

De manière assez ironique, cette idée-là m’a permis de me mettre à écrire, vraiment.